Avez-vous souvent entendu parler de femme pompier ?  ou ouvrière en fonderie ? Et d’homme diététicien ? ou assistant de direction ?

Si l’on répond honnêtement, force est de constater que la réponse est la plupart du temps négative. Mais existe-t-il encore une frontière entre des métiers dits « masculins » et des métiers « féminins » ? Les choses évoluent doucement mais sûrement… De plus en plus de femmes sont présentes dans l’industrie et les métiers « à risque », et les hommes se tournent plus facilement vers les métiers du social, du soin. Voici un zoom sur une problématique qui nous concerne tous : le choix de son orientation quel que soit son sexe.

 

Le cadre réglementaire

Le cadre juridique est pourtant très clair : chaque entreprise de 50 salariés et plus est obligée de mettre en place des actions en vue de favoriser l’égalité professionnelle entre hommes et femmes

Tout d’abord, elle a l’obligation d’établir un diagnostic afin de relever les écarts de situation entre les hommes et les femmes dans 9 domaines (embauche, formation, promotion professionnelle, qualification, classification, sécurité et santé au travail, conditions de travail, rémunération effective, articulation vie familiale/vie professionnelle).

Elle doit ensuite établir une stratégie d’action pour améliorer la situation dans 3 ou 4 domaines (selon la taille de l’entreprise) et transmettre tous ces éléments à différentes instances représentatives (délégués syndicaux, Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail, Inspection du travail).

Enfin, elle a l’obligation de mettre en place un accord relatif à l’égalité professionnelle et de suivre les actions menées. De fait, en cas de non-respect par l’entreprise de ses obligations, l’article L.1132 du Code du travail prévoit des sanctions spécifiques.

Par ailleurs, les entreprises de plus de 500 salariés, et qui réalisent plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, doivent désormais intégrer un minimum de 40% de femmes dans leurs conseils d’administration.

 

Une situation sans équivoque

Malgré ces dispositions légales, l’état des lieux montre que l’égalité professionnelle entre homme et femme est encore bien théorique. En effet, bien qu’il existe une certaine parité au lycée en section S, elle disparaît ensuite dans le choix de filières scientifiques, techniques et industrielles, où le pourcentage de femmes reste, malgré des progrès, très inférieur à celui des hommes.

A l’inverse, des professions comme agent d’entretien, aide à domicile (et de nombreux métiers de soin de manière générale), comptable, agent administratif, etc…restent très largement féminisées.

Ainsi, selon le Laboratoire de l’Egalité, seule une faible partie des métiers est réellement mixte en France…le chemin est encore long pour que chacun ou chacune puisse réellement suivre ses envie et se diriger vers la voie qui l’attire !

 

Les raisons de ces choix d’orientation

Les préjugés sur ce qu’est un métier d’homme ou un métier de femme constituent les premiers obstacles qui vont empêcher, consciemment ou non, un lycéen ou une lycéenne de se lancer dans des études qui ne correspondraient pas à son genre.

Il peut s’agir d’un préjugé négatif, comme l’incapacité pour les femmes de porter des charges lourdes dans des métiers tels que ceux du bâtiment ou de la métallurgie. Il peut aussi s’agir de stéréotypes positifs, par lesquels on attribue arbitrairement à la moitié de la population des qualités : chacun sait bien que seules les femmes disposent de qualités innées pour s’occuper des autres !

C’est ce que l’on appelle l’effet Pygmalion, découvert par deux chercheurs en psychologie, qui ont démontré qu’une attente positive ou négative sur les capacités, compétences ou le potentiel d’un élève se traduisait par une modification du comportement de l’enseignant à son égard. Ainsi, un professeur persuadé que les filles sont naturellement moins douées pour les mathématiques va leur porter une attention moindre ou les noter plus sévèrement, les décourager (plus ou moins consciemment) de suivre une voie scientifique…confirmant ainsi la prophétie auto-réalisatrice.

Ces stéréotypes sont tellement ancrés qu’ils sont rarement discutés : qui aurait imaginé des femmes dans l’armée il y a 50 ans ? Ou des hommes auxiliaires de puériculture en crèche ? C’est uniquement après le long combat de pionnières ou de pionniers, relayé par des associations et des médias engagés, que les mentalités peuvent évoluer.

 

Une ébauche de changement ?

Pour cela, il faut progressivement déconstruire les mythes qui emprisonnent les uns et les unes dans des catégories professionnelles et leur interdisent l’accès à d’autres.  Les femmes manqueraient de force physique ? Essayez donc d’arrêter un smash de Venus Williams ou de suivre Tessa Worley sur un slalom géant…

Bien sûr, il existe globalement d’indéniables différences physiologiques, mais leur impact est atténué, voire annihilé par des machines toujours plus performantes, comme des exosquelettes pour soulever des charges lourdes. L’univers des jeunes enfants serait interdit aux hommes (qui sont, comme chacun le sait, brutaux, maladroits et dénués de sensibilité ?). Discours difficile à tenir à l’heure où les articles et les reportages sur les nouveaux pères ne cessent de remettre en question le modèle éducatif traditionnel.

De plus en plus, des élèves, des salariés, des universitaires, des chefs d’entreprises, contestent cette ségrégation des métiers et cherchent des solutions pour y remédier.

 

Les réussites

Aujourd’hui, il existe toujours une répartition sexuée des emplois, qui a toutefois diminué ces dernières années.

Ainsi, on a pu constater une féminisation de certains métiers traditionnellement masculins (dans la comptabilité, la banque et la finance) et, à l’inverse, une masculinisation de certains métiers traditionnellement féminins (dans le domaine de la petite enfance par exemple). Il n’est donc plus rare de voir de jeunes femmes, ingénieures en BTP, arpenter les chantier les bottes aux pieds et le casque sur la tête. On trouve également de nombreuses femmes dans l’armée de terre (y compris désormais dans des sections de combat), des bouchères (et pas seulement des caissières en boucherie), des plombières, des mécaniciennes, et à l’inverse, des hommes infirmiers, auxiliaires de puériculture ou professeur des écoles en maternelle….

Stéréotypes 2

 

A présent, à l’image de l’association Elles bougent (http://www.ellesbougent.com), des associations s’efforcent de faciliter l’intégration des femmes dans les milieux traditionnellement masculins, en leur montrant qu’aucune catégorie professionnelle ne leur est inaccessible et en renforçant leur confiance en elle.

D’autres associations promeuvent un combat similaire, comme BPW (http://www.bpw.fr), Femmes debout (http://www.femmesdebout.org), etc…elles sont recensées sur le site du Haut Conseil à l’égalité (http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr).

Autre exemple : au Pays Basque, 4 radios associatives, en lien avec des écoles, ont mis en place des ateliers afin d’aider les enfants à modifier leur perception des stéréotypes masculins et féminins.

Dans un registre différent, l’initiative de l’agence photographique SIPA, en partenariat avec l’Agence Spatiale européenne est aussi intéressante. Afin de promouvoir les métiers de l’astronomie, elles ont mis en place une exposition afin les valoriser auprès des femmes (http://spacewomen.org)

On peut également citer l’initiative du label Egalité Professionnelle (https://certification.afnor.org/ressources-humaines/label-egalite-professionnelle-entre-les-femmes-et-les-hommes) : créé en 2004 sous l’impulsion de Nicole Ameline, alors ministre de la Parité et de l’Egalité professionnelle, le Label Egalité Professionnelle distingue des organismes (groupes, grandes entreprises, PME, associations, collectivités territoriales, administrations…) engagés en faveur de l’égalité professionnelle femme-homme et de la remise en cause des stéréotypes professionnels.

 

Conclusion : vers un changement sociétal ?

Aujourd’hui, une infime minorité de pays sont dirigés par des femmes, la plupart en Europe… nous sommes encore loin de la parité, mais cette dernière est désormais inscrite dans la loi de nombreux pays.

Pour les pessimistes qui estiment que les choses n’avancent pas assez vite, qu’ils songent qu’il y a seulement 50 ans – une seconde à l’échelle de l’histoire humaine – , en France, une femme devait demander à son mari l’autorisation de travailler et d’ouvrir un compte en banque…ce qui nous paraît aujourd’hui risible et semblera totalement incompréhensible aux plus jeunes.

Ce travail de réflexion collective prend du temps et sera d’autant plus efficace qu’il commencera tôt : inutile d’attendre la fin du lycée pour offrir aux jeunes des représentations professionnelles qui sortent des schémas traditionnels !

L’important est donc que chacun ose se lancer dans le métier qui lui corresponde réellement, sans tenir compte des attentes des autres et des représentations figées, à l’instar de la célèbre physicienne Marie Curie ou de Claudie Haigneré (première femme à voyager dans l’Espace).

Et pour l’anecdote, le 15 décembre 2017, pour la première fois, une femme a été désignée pour être l’arbitre principale d’une rencontre européenne de rugby, – un sport pourtant éminemment associé à la virilité – entre Bordeaux-Bègles et les russes d’Enisei-STM. Tous les espoirs sont donc permis !